L'HISTOIRE DE DOBBY




Aujourd'hui, je me suis blessé à ma patte arrière droite.

Pour un chat ordinaire ce n'est pas grave, mais moi je suis déjà handicapé de ma patte arrière gauche alors du coup j'ai beaucoup de mal à me déplacer et pour que je sois tranquille, on m'a installé sur un grand lit avec un plateau "repas" à portée de patte.

Il fait beau, le soleil entre par la fenêtre. J'ai tout mon temps, je paresse... alors je me souviens.

Les souvenirs que je croyais enfouis au fin fond de ma mémoire remontent à la surface, car comme dit la chanson : On n'oublie rien, on s'habitue c'est tout...

Je me rappelle de cette belle journée d'été, comme aujourd'hui, où j'ai vu le jour pour la première fois.

Je me rappelle la chaleur de ma maman et son regard plein d'amour posé sur moi et sur mes deux petites soeurs.

Je me rappelle de tous ces gens qui venaient nous admirer, s'extasiant sur mes longs poils et ma belle couleur. "Ce sera un chat magnifique" disait-on !

Je me rappelle avoir entendu la maîtresse de maman dire qu'on pourrait obtenir un bon prix de moi et de mes deux petites soeurs.

Ce jour là j'ai ressenti mon premier chagrin car j'ai compris que j'allais être séparé de ma famille.

Puis un jour une dame est arrivée, elle m'a attrapé, elle m'a mis dans un petit panier, j'ai juste eu le temps de regarder une dernière fois ma maman et la porte s'est refermée.

Je suis arrivé dans un bel appartement. Il y avait deux autres chats sur le canapé du salon.

J'avais un peu peur d'eux mais ils se sont montrés très gentils avec moi.

J'ai vécu quatre belles années ainsi, insouciant, heureux.

Puis un jour deux hommes sont arrivés, ont déménagé tous les meubles et pour finir nous ont chassé du canapé et l'ont amené avec eux.

Nous, nous sommes retrouvés tous les trois tout seuls dans cet appartement vide. Nous avons passé cette nuit par terre à même le sol.

Nous attendions, confiants, que notre maîtresse vienne nous chercher mais le lendemain c'est un monsieur qui est entré et quand il nous a vu il nous a jeté dehors méchamment.

Alors nous nous sommes retrouvé dans la rue. Il faisait beau ce matin là, nous étions très contents de sentir le soleil sur notre beau pelage, de humer toutes ses odeurs printanières.

Nous ne savions pas encore...

Nous attendions toujours la venue de notre maîtresse, restant à proximité pour qu'elle nous retrouve... nous espérions... nous avions tant confiance en elle tous les trois.

Bien sûr cela n'a pas été facile au début, nous devions chercher notre nourriture, chasser ... mais bon on se débrouillait.

Puis il y a eu la pluie, le vent, le froid. Et les nuits... Toutes ces nuits froides, glaciales... La nourriture toujours plus difficile à trouver...

Et l'espoir qui s'était envolé. Personne ne viendrait nous chercher, nous le savions maintenant.

Nous avons cherché un abri et nous avons trouvé une petite baraque à la sortie du village.

Bien sûr ce n'était pas notre bel appartement mais nous étions à l'abri.

L'été est revenu suivi à nouveau de l'hiver glacial.

Le cycle des saisons.

Et puis il y a eu cette journée affreuse de printemps.

Pourtant la journée avait bien commencé. Il faisait beau, nous étions tranquillement installés au soleil sur un petit muret quand j'ai entendu le bruit d'une détonation... un bruit assourdissant... puis un autre... et encore un autre.

J'ai ressenti une grande douleur et je suis tombé de l'autre côté du muret.

Je me rappelle m'être traîné pour me mettre à l'abri derrière un buisson. Et ce bruit, encore ce bruit.

J'avais mal. Je ne pouvais plus poser ma patte arrière gauche, ni ma patte avant d'ailleurs.

Je ne pouvais plus marcher du tout.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi. Tapi sous mon buisson. Léchant mes blessures, seul, triste, affamé.

Jusqu'au jour où j'ai pu à nouveau prendre appui sur ma patte avant. Alors je suis reparti en quête de nourriture. Je ne pouvais marcher que sur trois pattes la chasse était désormais impossible alors je faisais les poubelles.

Les gamins se moquaient de moi à cause de ma démarche et me jetaient des cailloux.

Un jour il y en a même un qui m'a donné un coup de pied me cassant quelques dents. Cela m'a fait mal, mais la souffrance désormais je connaissais. C'était devenu mon lot quotidien depuis tellement longtemps maintenant !

J'ai cherché mes deux copains, longtemps, très longtemps et je ne les ai jamais revu !

J'étais seul. Seul et mourant de faim.

Dans la journée je me cachais dans un fourré et le soir je sortais faire les poubelles.

Les journées ont passées, toutes les mêmes. Je survivais.

Jusqu'au jour où un os s'est coincé dans mon palais. Je ne pouvais plus manger. C'était la fin pour moi, je le savais, et quelque part en moi je l'espérais... dormir... enfin ne plus souffrir.

Il faisait si froid, c'était en décembre je me rappelle. Les rues étaient illuminées, les gens semblaient heureux, ils riaient, indifférents à ma présence, on ne me voyait pas, j'étais devenu une ombre.

Pourtant un jour alors que je n'y croyais plus, quelqu'un s'est penché sur moi et m'a pris dans ses bras. J'étais trop faible pour résister.

Peu de temps après, je me suis retrouvé sur une petite table et je me souviens de cette dame, celle qui m'avait attrapé, et de cet homme tout deux penchés sur moi... puis plus rien... le trou noir.

Quand je me suis réveillé, je me suis tout de suite senti en meilleure forme. L'homme m'a présenté des croquettes et à ma grande surprise j'ai pu les manger. On m'avait débarrasser de mon os de poulet coincé dans ma bouche, de tous les parasites que j'avais, j'ai été castré ; on a pris des radios de ma patte arrière : le fémur s'était ressoudé, me laissant une patte plus courte que l'autre mais on m'avait enlevé la balle calibre 22 restée dans ma patte avant, j'étais comme neuf !

J'étais heureux, j'avais de nouveau trouvé quelqu'un pour s'occuper de moi.

Malheureusement dans la rue j'ai attrapé le virus du sida à me battre pour un peu de nourriture. Pourtant je ne suis pas d'une nature agressive, mais quand on a faim ! Et ainsi, la famille qui m'a recueilli n'a pas pu me garder.

On m'a expliqué qu'on allait trouver une solution pour moi, pour que je puisse vivre tranquille, choyé jusqu'à la fin de mes jours.

Mais je savais aussi que si cette solution n'était pas trouvé, il n'y avait qu'une autre alternative...

Heureusement j'ai eu de la chance et peu de temps après je suis arrivé dans une grande maison avec beaucoup de compagnons de jeu.

Ils ne me faisaient pas peur, ils étaient gentils et je voyais dans leurs regards que comme moi, ils savaient ce qu'était la souffrance, la peur, la solitude, la faim, le froid.

Il y avait un jardin. Je voyais les chats sortir et entrer mais moi je n'osais pas, j'avais peur de l'extérieur.

Je me souviens la première fois où je me suis risqué dehors. J'ai vite couru me mettre à l'abri sous un buisson. Ils se sont moqués de moi, gentiment. Ils m'ont expliqué que je ne risquais rien. Que je pouvais revenir au chaud, à l'abri quand je le voulais. Et c'était vrai.

Aujourd'hui, sur mon lit, je me rappelle de cette période que j'ai voulu oublier.

J'aimerais tellement savoir ce que sont devenus mes deux compagnons de galère.

Ont-ils réussi eux aussi à panser leurs blessures ?

Ont-ils trouvés la chaleur d'un foyer ?

Ou bien sont-ils morts seuls dans l'indifférence générale de tout un village.

Pourtant nous ne gênions personne !

Mais bon, qu'y faire... pour moi, c'est la fin de la galère et je sais que quoi qu'il m'arrive on s'occupera bien de moi. Je peux dormir tranquille sur mon lit en cette belle journée ensoleillée.

Et vous savez quoi ? J'ai même une marraine qui pense à moi, qui demande de mes nouvelles et qui m'envoie des étrennes en décembre.

Décembre, ce mois qui fut un tournant dans ma vie, où j'ai laissé le pire et trouvé le meilleur.


Merci à ma marraine.




Texte envoyé par une personne inconnue





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